Les Precurseurs ( 3e. partie ) : Dom Angelico Surchamp (Dennis Aubrey, translated by Albert Pinto)


The following is a translation of “Those who precede (Part 3), Angelico Surchamp“, an account of our meeting with Dom Surchamp in Burgundy in 2012. It has been translated by Albert Pinto.

Ceux qui nous connaissent bien à travers le site Via Lucis sont au courant de l’affection et du respect que nous portons à Dom Angelico Surchamp, fondateur et maître d’oeuvre des Editions Zodiaque, une collection riche de 200 volumes de textes et photographies consacrés aux églises romanes d’Europe. Nous avons nous-mêmes écrit sur les Editions Zodiaque et l’an dernier, nous avons publié un article après avoir eu le plaisir de passer une journée avec lui en Bourgogne. En mai dernier, le Dr Janet Marquardt a rédigé un texte sur la collection Zodiaque, pour traiter de certaines des photographies réalisées par Dom Angelico lui-même et son équipe.

Surchamp photo

Il n’était que justice que notre article de Noël 2012 soit consacré à cet artiste : son oeuvre, qui est celle d’une vie tout entière, a été notre source d’inspiration pour Via Lucis.

Nous lui avons de nouveau rendu visite en septembre et avons passé une journée presque complète en sa compagnie. Et ce fut une satisfaction supplémentaire de faire rencontrer cet homme dont nous leur parlions si souvent, à mes parents Don et Lucille qui nous accompagnaient pour ce voyage.

PJ with Dom Angelico Surchamp in Le Villars

PJ with Dom Angelico Surchamp in Le Villars

Nous l’avons “récupéré” au couvent de Notre Dame de Venère, près de Tournus, où il exerce son ministère. Il nous a chaleureusement accueillis, PJ et moi-même, puis s’est intéressé à mes parents. Ceux-ci ont été immédiatement frappés par la profonde humilité que professe Dom Surchamp, tant en ce qui concerne sa personne que sa vie et ses oeuvres. Il est certes fier de tout ce qu’il a réalisé et aime à parler de ses travaux, mais décline systématiquement tout éloge personnel… Cela m’a rappelé une anecdote qui s’était produite lorsque notre visite de l’année précédente ; à un visiteur qui voulait le prendre une fois de plus en photo, il répliqua avec un sourire ” eh quoi ! Suis-je un monument national ?”. PJ dit que cette humilité est due à la largeur du champ mental que possède le Père Surchamp : aussi grande que soit son oeuvre, elle n’est qu’un petit fragment du spectacle que nous offre le monde.

Nous avons emmené déjeuner le Père Surchamp à l’Hostellerie Bressane de Cuisery, à 8 kilomètres de Tournus,qu’il avait fort appréciée l’année précédente. Nous avions demandé à Mme. Nathalie Beaufaÿs, qui dirige cet établissement ( son mari Jean-Francis y officie en cuisine ) une jolie table près de la fenêtre du fond et nous nous y trouvâmes fort bien tous les cinq. Les Français ont une réelle culture de l’art de vivre et les plaisirs de la table en sont un élément majeur. Partager un repas avec lui est une des clés permettant de bien comprendre un Français…fût-il un moine voué à la simplicité et à la prière. Ainsi Don Angelico reste bien Français et sait apprécier un repas de qualité. Et s’il a un peu moins mangé cette fois que l’année précédente, il l’a fait avec le même plaisir. D’ailleurs les conversations ont cessé pour ne reprendre ne reprendre qu’après les choses sérieuses du déjeuner !

Restaurant of the Hostellerie Bressane, Cuisery

Restaurant of the Hostellerie Bressane, Cuisery

Au cours de la conversation, en compagnie de mes parents alors âgés de 84 ans, nous lui avons dit combien nous étions heureux de le revoir en bonne santé. ” Je vais bien, nous répondit-il, mais après 80 ans, chaque année supplémentaire coûte cher !”. Et mes parents d’opiner…Quant à moi, j’approuvai aussi, mais en corrigeant mentalement les 80 ans en soixante.

Après déjeuner, nous sommes allés visiter ensemble la basilique Saint Philibert de Tournus. Je dois dire en toute franchise que visiter aux côtés de Surchamp ce monument capital de l’architecture romane a été l’une des expériences les plus lumineuses de ma vie. Et de le faire, de surcroît, en compagnie de PJ et de mes parents a apporté un parfum de perfection à ce moment privilégié.

Dom Angelico Surchamp and PJ McKey, Église Sainte Marie Madeleine, Le Villars (Saône-et-Loire)  Photo by Dennis Aubrey

Dom Angelico Surchamp and PJ McKey, Église Sainte Marie Madeleine, Le Villars (Saône-et-Loire) Photo by Dennis Aubrey

Nous sommes entrés dans l’église par l’imposant narthex aux volumes massifs. Bien entendu, Dom Angelico se souvient du moindre détail de l’édifice et il nous a fait découvrir les marques de maçons et autres inscriptions gravées sur les murs de la basilique.

Comme nous traversions le narthex, nous avons observé,dans le prolongement du portail occidental, la nef centrale de l’église abbatiale. Notre discussion a notamment porté sur voûtes transversales en berceau, caractéristiques de Saint Philibert et que l’on retrouve à un seul endroit dans le monde, au Mont Saint Vincent, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Tournus.

Nave and transverse barrel vaults, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by Dennis Aubrey

Nave and transverse barrel vaults, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by Dennis Aubrey

Nous avons longé attentivement l’aile latérale sud, admirant au passage Notre Dame La Brune, la célèbre vierge romane qui fait écho aux splendeurs architecturales du lieu. Il était possible, en suivant le regard de Surchamp, de repérer les détails qui attiraient son attention.

PJ a parfaitement compris sa démarche artistique : ” Il perçoit, dit-elle, les interactions entre la lumière et les plans qu’elle affleure, les formes et les ombres. Il ne se contente pas de faire des prises de vues : la plupart des photographies que l’on voit ne sont que des images de l’église. Mais Surchamp, lui – et nous procédons de la même manière – photographie autre chose, au delà de l’image muette. Il essaie d’appréhender la réalité profonde de l’édifice plutôt que d’exposer simplement : “voici à quoi il ressemble”. Ce qu’il cherche à exprimer et transmettre se situe ailleurs, dans l’interaction de l’architecture et de la lumière, laissant place au sentiment que nous pénétrons dans un univers complexe et pluridimensionnel.”

Paray-le-Monial from Bourgogne romane, La Nuit des Temps I, 1974 (6th ed.), pl. 50

Paray-le-Monial from Bourgogne romane, La Nuit des Temps I, 1974 (6th ed.), pl. 50

” Il photographie, poursuit PJ, à la manière d’un véritable artiste, sans se laisser enfermer dans la seule dimension religieuse de l’édifice. Certes, le résultat est tout à fait réaliste : rien n’est plus réel que l’architecture , et sa photo de Fontenay, que j’aime beaucoup, en est un excellent exemple; cette représentation est parfaitement concrète, mais elle est aussi merveilleusement abstraite Vous pouvez, en la regardant, ne voir que les bandes lumineuses, qui la strient et cela, c’est de l’abstraction…”

Dans le déambulatoire, le Père Surchamp nous a raconté la découverte du pavement de mosaïques qui était demeuré enfoui pendant si longtemps.

Ambulatory mosaic, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by PJ McKey

Ambulatory mosaic, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by PJ McKey

Ensuite, les trois hommes de l’”expédition” ont emprunté précautionneusement les marches abruptes conduisant à l’admirable crypte. De voir Dom Angelico, vêtu de sa robe noire, circuler les mains derrière le dos dans cette crypte était comme remonter de huit siècles dans le temps. Je pouvais presque entendre le plain-chant des prédécesseurs Bénédictins de Dom Surchanp foulant le sol de pierre entre les piliers massifs.

En remontant dans l’église, j’ai pris la photo de ” mes deux pères”. Cette photo est horrible ( que peut-on attendre d’un téléphone portable en basse lumière ?), mais elle est néanmoins le témoignage de cette si émouvante visite.

Mes deux pères - Angelico Surchamp and Don Aubrey

Mes deux pères – Angelico Surchamp and Don Aubrey

Nous nous sommes finalement rendu compte que Surchamp commençait à être fatigué l’avons reconduit au monastère. Il a portant insisté pour que nous prenions le thé avec lui. Nous nous serrions autour de la table, dans sa petite chambre, tandis qu’il préparait le breuvage. Ensuite nous avons encore bavardé dans cette belle après-midi d’automne. Je me souviens de ce qu’il nous a dit de son amour pour l’art roman et de la manière dont le temps et les époques successives modifient la perception de ses éléments et la compréhension de ses structures. Il a notamment évoqué le cas de certaines églises qui n’étaient accessibles, lors de leur édification, que par des sentiers montagnards et que des routes carrossables mettent aujourd’hui à la portée de tout le un chacun. ” Nous avons perdu la notion essentielle de ce que fut la fonction originelle de l’église” : ce constat du P. Surchamp m’a aussitôt fait penser à Saint Martin du Canigou et à Saint Guilhem le Desert, cette dernière église se confondant surtout aujourd’hui avec un site touristique.

Bien qu’à regret, Il fallait bien enfin nous quitter. A la grille du portail, Surchamp m’a énergiquement étreint l’avant-bras, en évoquant notre intention de lui rendre ànouveau visite l’année suivante. Mais il pensait qu’à ce moment, il ne résiderait plus à N.D. de Venière, mais serait de retour à la Pierre-Qui-Vire. Quelle belle trajectoire que celle d’un cercle si fécond se refermant…

South side aisle, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by PJ McKey

South side aisle, Basilique Saint Philibert, Tournus (Saône-et-Loire) Photo by PJ McKey

En reprenant la route, mes parents exprimèrent le bonheur qu’ils avaient éprouvé à cette rencontre avec Dom Angelico. ” Il est exactement conforme à tout ce que tu nous avais dit de lui ” a remarqué Lucille. Certes, mais bien plus encore, parce que mes mots ne pourront jamais rendre justice à la personnalité de ce moine bénédictin qui a acquis tant d’importance dans notre vie. ” La beauté n’est accessible qu’à travers l’amour, et l’amour requiert du temps et de la liberté.”

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